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| Et au milieu coule un pays |
Massachusetts, 1870. Deux amis fêtent leur diplôme d'Harvard. Vingt ans plus tard, l'un est devenu marshall de comté au Wyoming, alors peuplé des immigrants des pays d'Europe de l'est. Lorsque les éleveurs accusent ces populations de voler leur bétail, la situation s'envenime...
La fanfare joue, des étudiants célèbrent l'obtention de leur diplôme, obtenu dans la grande université de Harvard. Tous vivent l'aboutissement de plusieurs années de travail. Ils formeront l'élite de l'Amérique de demain. Cette séquence d'ouverture est à l'image du style de Cimino : une chorégraphie des déplacements de centaines de figurants, une caméra baladeuse et inventive, et une poignée d'inserts sur les futurs personnages principaux de l'intrigue. Mais vingt ans plus tard, que sont devenus ces étudiants ?
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| Le bal des étudiants de Harvard, déjà majestueux |
La porte du paradis fait partie de ces westerns des années 1970 (il est tourné en 79) qui, loin de perpétuer les gloires vieillissantes du genre (comme Les voleurs de train tentait de le faire avec John Wayne), s'ingénient à montrer un autre ouest, plus dur, moins propre sur la forme, et terriblement revendicateur sur le fond. De fait, ce western est emprunt d'un réalisme et d'un fatalisme rarement vus jusque là.
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| Le marshall, sur les ruines d'un pays pourtant en construction |
Le bal des élites obtenant leur diplôme s'oppose à une autre scène de danse intervenant en deuxième partie de récit, et cette fois ce sont les immigrés installés à l'ouest qui se déhanchent sur un square dance. Deux mondes. L'un corrompu et fourbe, l'autre en apparence entier et solidaire. Entier dans ses réactions et son attitude. Solidaire dans l'adversité, et malgré les errements de certains membres de la communauté. En somme, pour Cimino, l'État contre le peuple. Et si l'on peut parler de fatalisme, c'est parce que la population immigrée tente de faire valoir ses droits, alors que la machine politicarde a décidé que ces droits pouvaient être ignorés afin de défendre des intérêts économiques majeurs.
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| Le bal du peuple, un autre monde |
Il y a tout de même un héros à cette histoire, qui n'a de héros que le nom, un ancien de Harvard ayant choisi le "camp" des immigrés (Kris Kristofferson). Son incapacité à s'engager auprès de la femme qu'il aime (radieuse Isabelle Huppert) n'a d'égale que son impuissance face au pouvoir des riches éleveurs. Impuissance qu'il noie dans l'alcool. Encore dans ce soucis de réalisme, aucun des personnages n'est noir ou blanc, tous sont affaire de nuances de gris : la petite amie tiraillée entre deux hommes est une prostituée, son "gendre idéal" (formidable Christopher Walken) est un chasseur de primes à la recherche des immigrés placés hors-la-loi, un des harvardiens est passif devant le scandale, désabusé et alcoolique (John Hurt)... et la violence, toujours présente, partout dans cet ouest sauvage.
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| Scène magnifique entre le marshall et la prostituée : le calme avant la tempête |
De La porte du paradis à la porte des enfers, il n'y a qu'un pas, que les politiciens franchiront sans vergogne contre les immigrés, alors force vive du pays. Une opposition pour laquelle le réalisateur évite le manichéisme et offre un western subtil et subversif rempli de trouvailles de mise en scène, preuve définitive que Cimino est un des grands cinéastes de son époque, un talent que Hollywood n'a plus jamais exploité depuis ce film, constituant ainsi un véritable scandale de l'histoire du cinéma.
À noter que le film est ressorti en salle sur la capitale, dans une version restaurée de 3h40 qui rend ce film plus unique encore, plus fluide que la version jusqu'ici existante (2h20), plusieurs scènes sont plus longues (le discours de John Hurt, notamment) et la scène finale enfin complète.
Pour tous les malheurs arrivés à ce film durant sa production, ainsi que sa réception catastrophique aux États-Unis à l'époque, un LIEN vaut mieux qu'un long discours (c'est le site de Pauline Kael, dont je déteste les avis par ailleurs, mais qui résume assez finement tout cela).
Sources images : veryaware.com, par-la-bande.blogspot.fr et nytimes.com







































