Vous n'avez jamais rêvé de briller en société en pouvant parler d'un film que vous n'avez pas vu ? Vous voulez découvrir une perle méconnue ou un sombre nanar ? Ce site est fait pour vous !
Un spectateur attentif vous donne son avis sur des films qui passent au cinéma ou non, pour vous convaincre de les voir, ou non. Avais-je raison d'assassiner ou d'encenser untel ou untel ? À vous de dire !

jeudi 21 novembre 2013

La tendance dépressive des héros des années 2000 (Un article naïf)

Harry, pionnier des héros dépressifs
On nous le dit partout, la France, le monde va mal, et les populations dépriment. Le cinéma a très vite senti cette tendance et a suivi cet engouement du public pour la noirceur, et les héros plus tourmentés. En salles, le grand public a découvert cette noirceur esthétique avec les atmosphères bleu gris des aventures de Harry Potter. Souvenez-vous de la différence d'ambiance entre le premier film (2001), son look de skater dans la "Coupe de ch'veu" (2005) et son regard désespéré faisant face à son destin dans Les Reliques de la mort (2010-11) ? Nous étions passés en dix ans d'une ambiance "château hanté de fête foraine" au plus noir des romans fantastiques. Cette ambiance visuelle bleu gris dont nous parlons, nous la retrouvions à l'image, mais aussi sur les affiches des films (voir ci-contre).

Toute une génération a grandi avec cette noirceur esthétique que l'on retrouve par exemple, teintée d'un romantisme exacerbé dans la saga des vampires de la saga Twilight. Cette mode des vampires va d'ailleurs être déclinée avec du patriotisme (Abraham Lincoln vampire killer), de l'humour (Fright night), de l'horreur (Morse/Laisse-moi entrer), ou de l'animation (Transylvania). Mais hormis dans Transylvania, l'esthétique bleu sombre qui caractérise ces films et assombrit leur ambiance va prédominer.


On retrouve cette atmosphère sombre chez les superhéros Marvel comme DC Comics, il suffit pour cela d'avoir vu les Batman de Nolan et le Superman de Zack Snyder sorti cet été pour s'en convaincre. Mais ces films de superhéros ajoutent à la noirceur esthétique des personnages plus tourmentés qu'auparavant : Superman n'est pas qu'un homme invincible, c'est aussi quelqu'un de brisé loin de sa famille originelle et perdant son père d'adoption. Thor subit un frère maléfique, Captain America ne vit plus à son époque, Iron man (dans le 3e film surtout) se remet en cause et subit une crise existentielle.

Toute ressemblance avec
Superman est le fait du hasard
La tendance qu'on croirait récente à ne plus croire en des héros droits et moralement défendables dans le cinéma américain a été mise en place par le Nouvel Hollywood des années 1970 qui proposa des héros paumés, faillibles, tourmentés. Néanmoins, les années 2000 ont suivi l'air du temps : une volonté du public de sortir des héros propres sur eux, et désirant une modernité dans l'aspect du personnage et surtout, l'insert d'un réalisme à tout prix.

Et puisque nous évoquons le réalisme, on ne peut pas parler de la noirceur actuelle du cinéma américain sans évoquer la recrudescence de la science-fiction sur nos écrans. Cet été, un blockbuster sur deux était un film de SF, plus ou moins réussis d'ailleurs, qui nous a permis de constater que ce genre avait lui aussi subi ce ravalement de façade. Le cinéma de Neill Blomkamp (District 9, Elysium) est à ce titre exemplaire. Bien que la fin d'Elysium s'oriente vers une victoire de la rébellion, personne n'est dupe : les privilégiés reprendront vite la main. Le Tranceperceneige lui aussi tend à une fin où la déprime n'est pas loin, tout en magnifiant celle-ci. Là encore, les ambiances changent d'un wagon à l'autre, mais sont globalement noires (les derniers wagons du train sont plongés dans une obscurité quasi complète).

Noirceur typique pour "Le Transperceneige"

Et si la noirceur plaît et amène les spectateurs dans les salles, il s'est développé un cynisme d'une partie du public, qui voit dans le succès de certaines comédies le signe de leur médiocrité. Que dire alors de Starbuck, Mes meilleures amies, Intouchables, Le Marsupilami, Le prénom, Very bad trip, qui ont été des succès publics et que la critique n'a pour autant pas attaqué outre mesure ? C'est peut-être un signe d'une autre tendance du public, plus âgé sans doute, mais pas uniquement, à vouloir des histoires qui finissent bien et surtout, où l'on rit. Le marketing du cinéma l'a bien compris en vendant certains films comme des "films qui font du bien" ou "feel-good movies".

"Happiness therapy", l'archétype du "feel good movie"


Nous ne tomberons pas dans le piège d'associer la noirceur de l'époque avec la volonté de rire du public, car le public a toujours envie de rire, quelle que soit l'époque. En revanche, il a parfois moins envie de pleurer. Il faut alors aller chercher son émotion à bras le corps, comme le faisait Amour de Michael Haneke, qui ne fut pas récompensé du succès en salles du fait de son sujet, mais qui satisfit globalement les spectateurs venus le découvrir. Et dès lors, on constate que tout cela est vain. Le public est imprévisible, contrairement à ce que l'on essaye parfois de nous faire croire. Comment prévoir le succès phénoménal d'Intouchables ? Comment expliquer l'échec cuisant de Jason Bourne : l'héritage ?

On comprend alors que la noirceur du cinéma colle certes à son époque, mais pas forcément aux spectateurs, qui n'ont rien demandés, et qui vont au cinéma voir leurs stars préférées, en se moquant bien parfois de la qualité du film. En témoigne le succès français (et planétaire) de World war Z avec Brad Pitt. Il semble que nous, spectateurs, soyons multiples et insaisissables (expliquant peut-être le succès du film éponyme en salles). Nous n'aimons pas davantage la noirceur que les comédies, nous aimons le cinéma, celui qui fait rire et celui qui fait pleurer, et au final, les tickets et le box-office, c'est nous.


Sources images : Allociné.com

mardi 29 octobre 2013

Suspect - Scott Walker - 2013

Attrape-moi si tu peux

Un policier s'allie à une victime survivante pour retrouver un serial killer.


Ceci est un film important dans la carrière de Nicolas Cage vue de la France. En effet, il s'agit du premier de ses films contemporains à nous arriver en "Direct to DVD", et à ne pas passer en salles*. Étrangement, Suspect n'est pas le pire film de l'acteur ces dernières années, c'est pourtant lui qui se retrouve cantonné au marché de la vidéo.

Nicolas Cage retrouve John Cusack avec qui il avait tourné Les ailes de l'enfer en 1997. Les deux acteurs n'ont qu'une scène en commun, dont la conclusion est assez ridicule d'ailleurs, nous en reparlerons. On aura le plaisir de voir en second rôle Dean Norris, auréolé de son rôle de Hank Schrader dans la série Breaking bad, et, avec moins de plaisir, Vanessa Hudgens à contre-emploi en prostituée toxicomane et le rappeur 50 cent en maquereau.

"Ça me change de "High School musical"

Suspect (The frozen ground) est le premier film de Scott Walker, un néo-zélandais qui n'a pas bien compris qu'il faut parfois utiliser le pied de caméra et que ce n'est pas parce qu'on réalise un thriller que la caméra doit bouger comme si la terre tremblait en permanence. Tourné en Alaska, on peut déplorer une décevante exploitation des extérieurs qui restent au stade de plans d'ensemble impersonnels. Walker a aussi signé le scénario adapté d'une histoire vraie, et doté d'une scène ridicule entre Cage et Cusack, dont on ne sait si elle est véridique ou non, dans laquelle le serial killer, qui a tout pour s'en sortir "pète un plomb" et avoue tout sur le coup de l'énervement...

"Ce n'est pas de ma faute. Si on m'agace, j'avoue tout !" 

J'en profite pour dire que le film est dédié aux victimes, mais avec maladroitement, avant le générique, le défilé du portrait des 17 ou 18 victimes. C'est beau, c'est un hommage, mais c'est long (le diaporama prend bien 2 minutes), et terriblement lourd. Autrement, c'est un thriller beaucoup trop classique, dans lequel Cage ne sort qu'une ou deux fois de ses gonds, vraisemblablement pour faire plaisir.

"Non, je ne pourchasse pas Rambo"

Du point de vue de la carrière de l'acteur, on retrouve ici une particularité de héros qu'il a très souvent interprété : les héros du quotidien. World trade center, Milliardaire malgré lui ou Un ange gardien pour Tess sont de bons exemples de ces héros "Cagiens", et le policier pugnace de Suspect s'inscrit dans cette lignée.

Comme je sais que vous aimez cela, voici les projets de l'acteur à l'heure de ces lignes : Joe, un film qui a été salué au festival de Deauville pour sa qualité et le travail de Cage pour son personnage. Sauf contre-ordre, Joe sortira en salles au premier trimestre 2014. Nic a d'ores et déjà terminé deux tournages : Left behind, un film post-apocalyptique dans lequel il fera partie d'un groupe de survivants, et Tokarev, un énième thriller où il courra après la mafia russe qui a enlevé sa fille. Enfin, il tourne actuellement Outcast, et y jouera un guerrier qui protège le fils et la fille d'un Empereur chinois traqués par leur cruel oncle. On a hâte !


"Trouve-moi d'autres projets, j'ai des impôts en retard !" 

* Ce n'est qu'à moitié vrai, puisque le film a pu être découvert en salles au festival de Deauville 2013, qui rendait un juste hommage à la carrière de Nicolas Cage. Dans le circuit "normal", Suspect n'est sorti en salles qu'au Pays-Bas (non, même pas aux USA), une semaine où il a rapporté environ 44 000 euros, pour à peu près 27 millions de dollars de budget d'après Imdb.

Sources images : © Universum Film GmbH via Allociné

samedi 29 juin 2013

"Platoon leader" et "Delta Force 3" - Inédits de la Cannon

"Le Vietnam ? On défendait les civils !"
Réalisé en 1988 par Aaron Norris (le frère de Chuck) avec Michael Dudikoff.
Une petite troupe militaire au Vietnam doit défendre un village de civils contre les méchants soldats vietnamiens.

Platoon leader défend une idéologie réactionnaire, avec le sergent McNamara (Robert F. Lyons), qui, lors d'une scène pleine d'émotion, confie à son lieutenant qu'il faut avant tout dialoguer avec ses adversaires, pour leur mettre une idée (la démocratie en l'occurrence) en tête. Si le dialogue ne marche pas, le sergent moustachu explique simplement en montrant une balle, comment remédier au problème. Un dialogue humaniste et généreux, à l'image de ce platoon qui défend les civils, sauve un bébé vietnamien, et est foncièrement anti-drogues.

Autre sergent intéressant, le personnage de Roach (Brian Libby, le shérif dans La Ligne verte), qui, armé de son fusil à pompes pacificateur, fait des cartons jusqu'à plus soif, torture les Viet' avec un plaisir non dissimulé tout en conservant le trophée de ses actions (ici, des oreilles). On notera enfin le major Flynn (William Smith), dont les rares apparitions sont toujours hilarantes, de par leur intérêt inexistant qui tranche avec la trogne (et la voix) de baroudeur de l'acteur.

Finalement, Platoon leader est scandaleusement idéologique, en refaisant de la guerre du Vietnam une opération de sauvegarde des civils sur place tout en montrant à quel point ces saloperies de Viet' méritent bien l'avalanche de grenades qu'on leur envoie pendant qu'ils se baignent ou les milliers de cartouches vidées sur chacun de leur corps. On n'oubliera pas de sitôt les séquences émotions du film, surjouées jusqu'à ce que la salle n'en puisse plus de rire et demande grâce. D'autant que l'une d'elle bénéficie d'une perche dans le champ.

Le film ne manque pas forcément de budget, et propose de bonnes séquences d'action comme l'attaque du camp à la nuit tombée. La mise en scène n'est pas honteuse en soi, mais il n'en reste pourtant qu'un film raté, idéologiquement inacceptable et affreusement mal interprété même par Michael Dudikoff, pourtant dans son registre habituel.



Les "fils de" font un film

Réalisé en 1991 par Sam Firstenberg avec Nick Cassavetes, Eric Douglas, Mike Norris, John (Saint) Ryan.

Un groupe militaire américain s'allie avec des Russes pour aller capturer le terroriste Kadal au Soudan pendant qu'un homme de Kadal projette de faire exploser une bombe nucléaire aux États-Unis. 

Delta Force III : The killing game est un film de "fils de". Le fils de John Cassavetes, le fils de Kirk Douglas et demi-frère de Michael, le fils de Chuck Norris. On notera également John Ryan, sorte de sosie officieux de Sean Connery. Ce film fait partie de la franchise "Delta force" créé par Menahem Golan en 1985 avec Chuck Norris et Lee Marvin, qui signa là son triste dernier film.

Ici, on ne mentionne jamais la Delta force. Néanmoins, quand on constate que les ennemis font n'importe quoi, fonçant se faire tuer sur les mitrailleuses de nos héros, que Mike Norris reprend les poses de son père et fait le show, ou que le terroriste Hussein est bête comme ses pieds, plus de doute, on est des deux pieds dans la franchise. Ajoutez une bombe atomique tenant dans une valisette et semblant avoir été achetée sur Cdiscount, et vous tenez un nanar de compétition !

On évitera de révéler la surprise finale, pour s'intéresser à l'amour naissant entre les dynamiteurs des deux groupes (Eric Douglas et son homologue russe), où l'on se rend compte qu'Eric ne sait définitivement pas jouer. Non avoué, cet amour est compris comme tel par la salle, qui s'amuse alors des dialogues, qu'il interprète à double sens.

Tout le film est une succession de scènes ratées, mal jouées, accompagnées d'un scénario qui ne s'embarrasse d'aucune vraisemblance, de décors de sitcom (surtout pour la partie américaine) et d'une pseudo-virilité qui dépasse allègrement les limites du ridicule. Intéressant pour son casting curiosité, mais à oublier pour tout le reste. Et vite !


Merci à la Cinémathèque française pour la projection de deux superbes copies de ces films.

jeudi 27 juin 2013

12 heures - Simon West - 2013


Too old for this sh...
Will Montgomery organise un cambriolage mais le coup tourne mal. Acculé par la police, il brûle l'argent du braquage, et se fait mettre sous les verrous. À sa sortie des années plus tard, un ancien complice enlève sa fille et réclame sa part du braquage. Sans argent, sans l'aide de la police, Will décide  de recommencer à cambrioler pour payer le ravisseur.


Une nouvelle fois, Nicolas Cage court. Dans Le pacte, c'était après une théorie du complot, dans Hell driver, c'était après sa fille sacrifiée dans un rituel satanique, cette fois, c'est encore sa fille, qu'on a enlevé pour le faire chanter. Toute ressemblance avec Taken 2 est purement voulue, et le pauvre Cage sera obligé de se remettre au cambriolage pour payer la rançon. Car évidemment, les autorités n'accordent aucun crédit à son histoire.

Malin Akerman (Watchmen, Thérapie de couples), complice de Cage

Le film est machinalement mis en boîte par Simon West (Expendables 2), qui ne parvient jamais à donner du souffle à une histoire vue et revue. Le réalisateur retrouve Cage avec qui il avait tourné Les ailes de l'enfer en 1997. Mais l'acteur n'a plus le physique de courir après le méchant pendant une heure et demi, mais nous gratifie encore d'une des explosions de colère sortie de nulle part dont il a le secret.

"Arrêtez-le ! Il a encore tourné un navet !"

Sur une idée de départ minimaliste, le scénariste David Guggenheim (Sécurité rapprochée), invente un méchant revenu de tout qui a été prêt à se couper lui-même les doigts pour faire croire à sa mort ! Il faut voir ce type, sorte de pirate des temps modernes avec ses doigts coupés, mais aussi sa jambe de bois et ses vilains tatouages partout. Il revient sous un nom d'emprunt pour prendre sa revanche sur Cage. Mention spéciale à l'interprétation en roue libre de Josh Lucas.

"Si tu ne vas pas voir ce film, de toute façon j'en tournerais d'autres !"

Cette fois encore, l'acteur vedette met inexplicablement des sous de sa maison de production, Saturn films, récemment devenue synonyme de films ratés. Tradition respectée : il n'est pas besoin de s'appesantir sur 12 heures, film de série sans surprise, qui après une seule journée d'exploitation sur 141 écrans aux États-Unis, a été retiré de l'affiche en rapportant seulement quelques 183 000 dollars.

"Mais qu'est-ce que je fais à ma carrière !... Si seulement il y avait une date à Benjamin Gates 3..."

Le film sortira sur nos écrans le 24 juillet. Titre original : "Medallion" puis "Stolen". Le film est déjà sorti en DVD aux USA, raison de sa chronique avancée sur ce blog.


Source images : © Metropolitan FilmExport via Allociné

lundi 24 juin 2013

La saga "Baby Cart" (6 films)


Spaghetti au katana
Adaptés du manga créé par Kazuo Koike et Goseki Kojima, cette série de films produits par la Toho raconte comment Ittô Ogami, bourreau officiel du Shôgun. Un jour accusé à tort de comploter contre le Shôgun, Ogami est condamné au hara-kiri. Il décide plutôt de fuir avec son fils, et de devenir tueur à gages sous le nom du « Loup à l’enfant ». Cette saga est à découvrir : elle est éditée chez Wild side.


• Le sabre de la vengeance (Sabre et enfant à louer) de Kenji Misumi (1972)
Cet opus raconte la façon dont Ogami perd sa femme et son poste de bourreau du Shôgun, et se retrouve sur les routes avec son jeune fils.

Ce premier épisode présente évidemment le personnage, mais aussi le style de la série : violence, phrases qui font mouche, sensualité et des scènes de combat épiques comme celle dans la petite cascade. Notre héros repartira seul avec son fils, dans le lointain, en laissant une jeune femme éplorée qui les aurait bien accueillis… On peut constater une mise en scène et surtout une photographie magnifique de ces films (et qui sera toujours superbe dans les différents épisodes).


• L’enfant massacre (Le landau de la rivière Sanzu) de Kenji Misumi (1972)
Le fief que traverse Ogami a une richesse : une teinture dont le secret de fabrication est jalousement gardé. Des espions du Shôgun tentent de le découvrir. Ogami est engagé pour retrouver et tuer l’artisan qui détient le secret, enlevé par un trio de samouraïs.

On note la présence de femmes ninja qui découpent en chœur un mercenaire ; on note un rapprochement émotif entre le fils et son père, que ce deuxième opus permet à Misumi de développer (la scène de bain, le fait que l’enfant sache se défendre et sauver la vie de son père blessé). On voit aussi le sexe être assumé et la nudité clairement apparaître.


 Dans la terre de l’ombre (Le landau face au vent de la mort) de Kenji Misumi (1972)
Ogami vient en aide à une jeune paysanne condamnée à la prostitution par un clan yakuza et accepte d’être torturé à mort en échange de sa liberté. Devant sa force de volonté et sa force physique, la dirigeante du clan engage Ogami pour tuer l’homme qui a déshonoré son père. Mais l’homme est devenu gouverneur, et attend Ogami avec une armée entière.

Le caractère du Loup s'affine, et il est prêt à aider les innocents au détriment de sa personne. Il est pendu par les pieds, la tête régulièrement plongée dans un baquet d'eau, et lorsqu'il remonte, est passé à la bastonnade. La scène est longue et douloureuse à regarder, mais le personnage en sort grandit, c'est tout ce qui compte. Sur la fin du film, on tombe déjà dans l’exagération coutumière du film de sabre, avec le fait qu’Ogami détruit seul une bonne quarantaine de guerriers, aidé de sa propre vitalité (il a vite récupéré de la bastonnade) et par un landau dissimulant des mitrailleuses (!).


• L’âme d’un père, le cœur d’un fils (Cœur de père, cœur d’enfant) de Buichi Saito (1972)
Ogami est payé pour tuer une guerrière tatouée sur la poitrine et le dos. En parallèle, Le loup à l’enfant est toujours traqué par des ninjas et des mercenaires.

L’absence du réalisateur des premiers épisodes, Kenji Misumi, se fait sentir sur le rythme du film, l’ensemble se trouvant frappé d’une lenteur inaccoutumée. Du reste, scénaristiquement, si l’enfant Daigorô a un rôle plus important dans ce numéro 4 que dans les précédents, mais hormis ce détail, le film semble un vaste prétexte aux délires les plus extrêmes : des plans de poitrine féminine justifiés par la seule présence de tatouages pour un personnage mal exploité, de même qu’est sous employé le tueur cherchant à se venger d’Ogami. Sorte de film à sketches dont le fil rouge est bien flou, et les combats arrivent comme des cheveux sur la soupe, ce volume 4 est globalement décevant.



• Le territoire des démons (L’enfer des damnés) de Kenji Misumi (1973)
Cinq des meilleurs guerriers d’un fief provoquent en duel Ogami pour lui transmettre une mission : tuer un moine qui s’apprête à trahir leur suzerain. Mais le clan Yagyu complote pour récupérer un document que possède le moine, et qui lui permettra de récupérer des territoires.

On en retient une scène d'importance pour le petit Daïgorô, à qui une tire-laine donne un portefeuille volé en lui demandant de ne rien dire. Le petit se fait attraper à la place de la voleuse, et refuse de dire comment il a trouvé le portefeuille, même sous la torture (il est fouetté en place publique par un soldat des plus sadiques sous le regard désapprobateur des gens du peuple, passifs). La voleuse finit par avouer son crime. Comme toujours, Ogami assiste à toute la scène sans intervenir, et, lorsqu'il récupère son fils, se contente de le prendre par la main sans dire un mot. Entre le père et le fils, les mots sont inutiles. Ne sont-ils pas entre la vie et la mort ?... On note l'emploi de la ruse par Ogami, une nouveauté, lui qui est plutôt habitué à fondre sur ses ennemis : le moine qu'il doit tuer lit dans ses pensées et parvient toujours à le faire changer d'avis et à s'en sortir. Ogami a donc l'idée d'attendre que le moine soit sur une petite barque, dont il casse le fond, le moine tombe à l'eau, et se fait égorger en apnée !
Enfin, la scène finale offre une remarquable chorégraphie au sabre, avec un combat dans une maison à pan inclinable.


• Le paradis blanc de l’enfer (Daigorô, on part pour l’enfer !) de Yoshiyuko Kuroda

Retsudô Yagyu envoie sa fille Kaori, dernière de ses enfants, pour mettre un terme à la vie du Loup à l’enfant, mais ce dernier remporte le combat. Désespéré, Retsudô possède un dernier fils, un enfant adultérin nommé Hyoé, faisant partie du clan des Mygales. Ils rappellent à la vie trois valeureux guerriers, qu’il envoie à la poursuite d’Ogami.

Avec ce dernier épisode cinématographique, on bascule clairement dans le fantastique baroque, qui propose une sorte de Ku Klux Klan qui veut la peau d'Ogami. On nous présente trois samouraïs "zombies", qui pour la première fois mettent Ogami dans un réel état de terreur. Ces morts-vivants se mettant à le traquer impitoyablement, le forçant à s'isoler des autres êtres humains,  et à ne demander d'aide à personne. La scène finale dans la neige, un véritable massacre épique, fait immédiatement comprendre où Tarantino a été pêcher ses combats au sabre sanglants dans Kill Bill. Le sang sur la neige, depuis Chrétien de Troyes et son Perceval jusqu'à Blanche-Neige et le chasseur (sorti en salles en 2011), est une image qui continue de faire recette. Ici, on est servis. Les chorégraphies meurtrières s'accumulent, et le film a même un petit côté L'espion qui m'aimait avec son introduction course-poursuite en ski.

Le film se termine sur une ouverture, mais le septième opus ne vit jamais le jour. La saga est néanmoins bien bouclée, avec un attachement du spectateur au héros, mais surtout au petit Daigorô, remarquablement interprété par Akihiro Tomikawa. On se demande si on se relève à six ans (âge de l'acteur dans ce dernier épisode), d'autant d'hémoglobine et de massacre représentés devant soi durant six longs-métrages. Les amateurs de western européen, de cinéma bis en général, devrait trouver un "esprit" d'inventivité, d'exagération et de liberté à l'écran, comme rarement vu ailleurs.



L'influence du western italien
On note dans les épisodes une influence certaine du western italien avec le landau « customisé » du héros (on pense à l'orgue-canon de Sartana ou à la machine à coudre d'Alléluia), qu’il emporte partout avec lui, à la façon dont Django traîne son cercueil dans le film éponyme de Sergio Corbucci : ce objet fait partie de lui et de son passé. La présence féminine n’est pas cantonnée qu’à la paysanne se faisant violer par des ruffians, car quelques femmes à poigne ponctuent les histoires (la dirigeante dans le volume 3, la chef ninja du volume 2). La violence est souvent extrême : membres coupés, jets de sang réguliers et exagérés, coups explicites, torture, mais aussi viol. On repère dans le dernier film une référence évidente au Grand silence (1968), autre western de Corbucci, dans lequel toute l'action est située dans la neige. On imagine plus le réalisateur Kuroda s'inspirer de ce western plus que des westerns américains enneigés pourtant remarquables comme La Chevauchée des bannis avec Robert Ryan ou Le Bison blanc avec Charles Bronson. Si Pour une poignée de dollars de Leone était un remake du Garde du corps de Kurusawa, on peut dire que Baby Cart renvoie l'ascenseur au western italien, sorte d'hommage à un cinéma de genre parfaitement assumé.



Sources images : holypapershit.wordpress.com

dimanche 10 mars 2013

La porte du paradis - Michael Cimino - 1980

Et au milieu coule un pays
Massachusetts, 1870. Deux amis fêtent leur diplôme d'Harvard. Vingt ans plus tard, l'un est devenu marshall de comté au Wyoming, alors peuplé des immigrants des pays d'Europe de l'est. Lorsque les éleveurs accusent ces populations de voler leur bétail, la situation s'envenime...


La fanfare joue, des étudiants célèbrent l'obtention de leur diplôme, obtenu dans la grande université de Harvard. Tous vivent l'aboutissement de plusieurs années de travail. Ils formeront l'élite de l'Amérique de demain. Cette séquence d'ouverture est à l'image du style de Cimino : une chorégraphie des déplacements de centaines de figurants, une caméra baladeuse et inventive, et une poignée d'inserts sur les futurs personnages principaux de l'intrigue. Mais vingt ans plus tard, que sont devenus ces étudiants ?

Le bal des étudiants de Harvard, déjà majestueux

La porte du paradis fait partie de ces westerns des années 1970 (il est tourné en 79) qui, loin de perpétuer les gloires vieillissantes du genre (comme Les voleurs de train tentait de le faire avec John Wayne), s'ingénient à montrer un autre ouest, plus dur, moins propre sur la forme, et terriblement revendicateur sur le fond. De fait, ce western est emprunt d'un réalisme et d'un fatalisme rarement vus jusque là.

Le marshall, sur les ruines d'un pays pourtant en construction

Le bal des élites obtenant leur diplôme s'oppose à une autre scène de danse intervenant en deuxième partie de récit, et cette fois ce sont les immigrés installés à l'ouest qui se déhanchent sur un square dance. Deux mondes. L'un corrompu et fourbe, l'autre en apparence entier et solidaire. Entier dans ses réactions et son attitude. Solidaire dans l'adversité, et malgré les errements de certains membres de la communauté. En somme, pour Cimino, l'État contre le peuple. Et si l'on peut parler de fatalisme, c'est parce que la population immigrée tente de faire valoir ses droits, alors que la machine politicarde a décidé que ces droits pouvaient être ignorés afin de défendre des intérêts économiques majeurs.

Le bal du peuple, un autre monde

Il y a tout de même un héros à cette histoire, qui n'a de héros que le nom, un ancien de Harvard ayant choisi le "camp" des immigrés (Kris Kristofferson). Son incapacité à s'engager auprès de la femme qu'il aime (radieuse Isabelle Huppert) n'a d'égale que son impuissance face au pouvoir des riches éleveurs. Impuissance qu'il noie dans l'alcool. Encore dans ce soucis de réalisme, aucun des personnages n'est noir ou blanc, tous sont affaire de nuances de gris : la petite amie tiraillée entre deux hommes est une prostituée, son "gendre idéal" (formidable Christopher Walken) est un chasseur de primes à la recherche des immigrés placés hors-la-loi, un des harvardiens est passif devant le scandale, désabusé et alcoolique (John Hurt)... et la violence, toujours présente, partout dans cet ouest sauvage.

Scène magnifique entre le marshall et la prostituée : le calme avant la tempête

De La porte du paradis à la porte des enfers, il n'y a qu'un pas, que les politiciens franchiront sans vergogne contre les immigrés, alors force vive du pays. Une opposition pour laquelle le réalisateur évite le manichéisme et offre un western subtil et subversif rempli de trouvailles de mise en scène, preuve définitive que Cimino est un des grands cinéastes de son époque, un talent que Hollywood n'a plus jamais exploité depuis ce film, constituant ainsi un véritable scandale de l'histoire du cinéma.



À noter que le film est ressorti en salle sur la capitale, dans une version restaurée de 3h40 qui rend ce film plus unique encore, plus fluide que la version jusqu'ici existante (2h20), plusieurs scènes sont plus longues (le discours de John Hurt, notamment) et la scène finale enfin complète. 
Pour tous les malheurs arrivés à ce film durant sa production, ainsi que sa réception catastrophique aux États-Unis à l'époque, un LIEN vaut mieux qu'un long discours (c'est le site de Pauline Kael, dont je déteste les avis par ailleurs, mais qui résume assez finement tout cela).

Sources images : veryaware.com, par-la-bande.blogspot.fr et nytimes.com

mardi 29 janvier 2013

L'homme aux poings de fer - RZA - 2013

Kung-fu fighting
Chine féodale. Un forgeron vit dans un village où deux bandes se disputent un chargement d'or qui doit arriver prochainement. Le forgeron, allié à l'anglais Jack Knife, va débarrasser le village de ces deux groupes.


Le nom du réalisateur a de quoi intriguer. RZA est un rappeur, qui réalise ici son premier film. Il a déjà fait l'acteur, et joue ici le rôle du forgeron. Il fait revenir sur nos écrans Lucy Liu, qu'on avait perdue de vue dans nos salles depuis Rise (2007)(si l'on excepte un second rôle dans Detachment avec Adrian Brody en 2011). Il débauche un catcheur qui n'a plus de cou (Dave Bautista), Russell Crowe (lui aussi absent des salles depuis 2010) et Rick Yune, un karatéka de second plan. Citons pour mémoire le mythique Gordon Liu, Pam Grier (Jackie Brown chez Tarantino) ou le co-scénariste du film Eli Roth dans un rôle clin d'œil.

Russell Crowe, en roue libre, mais cool quand même !

L'histoire de Pour une poignée de dollars (deux bandes s'affrontent avec un type indépendant au milieu) est mêlée à celle d'un film de karaté classique (fugitif recueilli par les bouddhistes), le tout couplé avec le thème éculé du cinéma de genre : l'homme blessé qui renaît pour se venger ou se faire justice. L'homme aux poings de fer ne vaut donc pas pour son scénario, comme beaucoup de films de genre. Mais alors où est l'intérêt ?

Dans la présence de Lucy Liu ? En partie, mais y a un autre intérêt, plus objectif...

C'est dans les enchaînements de combats formidablement chorégraphiés que l'on éprouve un plaisir coupable, en redécouvrant les exagérations inhérentes au film de kung-fu (tiens, mais ils volent ?), et des dialogues parsemés d'un humour bien senti. J'entends déjà les attaques : "Ça suffit à faire un bon film ?" Je dirais que ça suffit à se détendre et à passer un bon moment de cinéma. Lecteur de ce site, si tu es un cinéphile aigri, et si tu n'as pas déjà fui cette chronique à grands pas, sache qu'il y a pire : la bande originale du film, c'est du rap !

RZA qui joue le héros, mais qui manque de charisme

Ça y est ? Ils sont partis ? Bon, alors nous on continue : il est certain que sur le papier, ça fait clairement "film produit par Luc Besson" : une BO de rap, un film de genre réalisé par un rappeur avec des acteurs qui commençaient à disparaître... Et pourtant, malgré quelques longueurs alors que le film ne fait qu'1h36, je promets un divertissement total devant L'homme aux poings de fer, un bon moment à partager entre amis, comme du reste tout le cinéma de sabre ou de kung-fu. On repense à la série des Shaolin, au temps de la Shaw brothers, et on prend son pied.


On est kitsch, mais on tape fort !

Bien sûr qu'il ne restera rien de ce film dans les annales du cinéma. Mais il fera partie de ces films dont on se souviendra au hasard d'une conversation, en le recommandant aux amateurs de films de sabre et de kung-fu, pour la réussite qu'il constitue, et qu'on considérera avec la bienveillance due à tout bon film de genre. Et lorsque les années auront passées et qu'on n'aura plus en salles que les films à Oscars et ceux du festival de Cannes, nous dirons, on ne peut plus nostalgiques : "tu te rends compte, L'homme aux poings de fer, ça sortait en salle !"


À noter que Quentin Tarantino, pote avec la moitié de l'équipe, a fait office de "parrain" pour le film. En même temps, on nous l'aurait pas dit qu'on s'en serait douté !


Sources images : © Universal Pictures International France via Allociné